arène théâtre, un manifeste…

L’Arène est théâtre.
L’Arène est, dès l’origine, « lieu de mise en lutte de la parole dans les corps ».
L’Arène est la courbure infinie d’un espace mental qui creuse le corps des poètes.
L’Arène est une « arène où l’air et la lune et les créatures entrent et sortent sans avoir une place où se reposer ». L’Arène creuse, fait ses traces, fuit la surface et tout réalisme.
L’Arène pratique un véritable artisanat et s’espère comme « un théâtre d’action poétique ».
L’Arène est indéfectiblement baroque, surtout dans l’épure.
L’Arène n’est pas tendance, elle déteste la mode et la laisse aux courtisans qui savent si bien la suivre.
L’Arène est contemporaine dans sa lutte contre la culture de masse.
L’Arène sait être légère.
L’Arène dit: « ici nous sommes peu nombreux, mais en nous il y a Athènes ».
L’Arène est en mouvement, elle est instable et inconfortable. Elle aime le surnaturel, la psychanalyse, le vin et vit dans ses spectres.
L’Arène est aimante, amante aussi souvent.
L’Arène dit: « il faut détruire le théâtre ou vivre dans le théâtre ». Elle est passion.
L’Arène ne déteste pas les chemins de croix, elle se méfie de ceux qui croient en leur chemin.
L’Arène n’éclaire pas de face (c’est la lumière bourgeoise), elle aime le clair-obscur. Le Caravage l’inspire.
L’Arène a visage humain, ses acteurs ne jouent pas des rôles. Elle entend « l’hypocrisie du mot rôle qui est un mot paternel, un mot de la loi ». Les comédiens de l’Arène se « dédoublent à l’infini », se mettent nus, ils aiment la monstruosité, la métamorphose, la transgression et l’irrévérence.
L’Arène ne fait pas propre, « si des chiens gémissent en s’accouplant, elle lève le rideau sur eux sans aucune précaution ».
L’Arène n’a pas de saints, ni de dieux, ni de maîtres, mais elle se meurt d’amour pour la beauté.
L’Arène est toujours contradictoire, utopique et décalée.
L’Arène pétrit les mots et les corps, danse dans l’espace de la parole et marche hors du temps.
L’Arène naît, renaît, connaît pour « être sûre qu’aucune agonie ne nous fera mourir ».

Éric Sanjou et dans le désordre Lorca, Pasolini, Artaud, Molière, Novarina, Cortázar, Neruda…

(Août 2013 – Publié dans le magazine Le Brigadier en septembre 2013)