« fin de partie » – en savoir plus

« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir ».

La pièce a été créée en français à Londres puis à Paris en 1957 dans une mise en scène de Roger Blin (qui jouait le rôle de Hamm).

Fin de partie est un huis clos à quatre personnages, Hamm, Clov, Nell et Nagg et se déroule sur une journée à une époque inconnue et sans doute post-apocalyptique où tout manque. Ils sont enfermés dans un refuge et semblent être les derniers vivants de l’humanité. Hamm, aveugle et paralytique, occupe dans son fauteuil le centre de l’espace. Il entretient avec Clov, son valet et fils adoptif, une étrange relation à la fois tendre et féroce. Hamm avec ses infirmités ne peut vivre sans Clov. Il semble abuser de son autorité sur son valet et est capricieux et irascible. Clov affirme vouloir le quitter ou le tuer. Nell et Nagg, les parents de Hamm, ont perdu leurs jambes lors d’un accident de tandem et vivent désormais dans des poubelles et dépendent totalement de Hamm qui règne sur cette « famille ».

Comme toujours dans le théâtre de Beckett, les silences et les répétitions jouent un rôle primordial qui rythment la pièce et le discours n’a pas de logique apparente. Les répliques des personnages parlent très souvent du (ou de leur) passé ou de l’imaginaire quand Hamm se prend à créer son « histoire ». Les personnages paraissent ainsi compenser la vacuité du présent et leur impuissance à agir. Beckett s’amuse à nous présenter de manière très concrète leurs manies : les coups de sifflets de Hamm, le lever, la promenade en fauteuil, le « repas » des vieux parents, la prise du calmant à l’heure, l’écoute de « l’histoire » de Hamm : toute une mécanique du quotidien.

Il n’y a donc pas d’intrigue précise dans Fin de partie hormis le déroulement d’une « journée comme les autres » comme veut le croire Hamm. Clov, lui, répète que « quelque chose suit son cours ». Quelques éléments nouveaux, inquiétants ou porteurs d’espoirs se produisent dans cette journée : Nagg perd sa dent, les denrées s’épuisent, la mère Nell meurt dans sa poubelle…

Tout le génie du dramaturge Samuel Beckett s’exprime dans Fin de partie. Dans une apparente inaction et dans un seul espace, il nous offre un condensé d’humanité étonnant. Ses personnages doivent jouer leur rôle et il nous parle ici aussi du théâtre et de la représentation comme miroir de la condition humaine. Le duo central Hamm/Clov est presque clownesque et est également un duo classique de maître/valet tandis que le duo secondaire des vieux parents a la dérision d’un duo  shakespearien. Beckett nous donne une tragi-comédie où l’on peut rire et se désespérer de tout. Il dira que la réplique la plus importante de la pièce est donnée par Nell : « rien n’est plus drôle que le malheur ». Il dissèque non sans s’en amuser les défauts de l’homme et de sa dérisoire existence : l’individualisme, l’incompréhension mutuelle, le dépérissement du corps, la rancœur, la nostalgie et la prétention créatrice.

 

« à moi de jouer »

C’est la première réplique de Hamm, réplique que Georges Gaillard donne à Éric Sanjou, Clov/Metteur en scène, pour reprendre un jeu commun…

Parfois le désir d’une création vient d’un désir d’acteurs. C’est le cas pour Fin de partie, une pièce où se retrouver.

La  mise en scène peut laisser le brio dans les loges, tout est dans l’interprétation des corps/voix instruments sensibles qui s’écoutent et se complètent. C’est une partition, une partition d’humain. Pas de place ici pour la démonstration. Il faut jouer, car c’est bien d’un jeu dont il s’agit… ou de sa fin.

Mon non-acte scénographique consistera à créer un monochrome absolu. Murs, accessoires, costumes et corps traités dans la même valeur de gris. Pas de profondeur, une mise à plat de l’image. Loin du pseudo réalisme ou de la boursouflure kitch, ma peinture d’espace se fera à la détrempe en recherche d’épure. Nous créerons, avec Matthieu Mailhé, « une lumière vidéo » porteuse du texte de Beckett grignotant ce monochrome. Une vibration du mot sur les murs, révélatrice d’un temps suspendu.

En contrepoint essentiel, l’interprétation puisque Samuel Beckett avec une exquise malice,nous promène sans cesse du tragique à la bouffonnerie et de l’horreur au grotesque, se teintera de toutes les gammes et de toutes les profondeurs. Et puis n’oublions pas que c’est encore de théâtre dont il s’agit, les références à la représentation qui se joue là sont permanentes.

C’est donc une occasion aussi de parler de nous, joueurs jusqu’au boutistes tel Hamm qui lance à la fin de la pièce :
« Puisque ça se joue comme ça… Jouons ça comme ça !”

Éric Sanjou – mars 2010