« la geste des endormis » – en savoir +

L’Arène Théâtre aime les écritures particulières et c’est avec appétit qu’elle s’est emparée de ce texte étonnant de Virginie Barreteau : c’est une épopée contemporaine, une fable poétique et sensible inspirée par la légende de Saint-Nicolas où l’on suit l’aventure de deux frères et de leur soeur perdus dans une forêt enneigée…
Virginie Barreteau, jeune auteure, a écrit ce très beau texte en s’inspirant de la légende de Saint-Nicolas : trois enfants qui partent glaner aux champs se perdent et se retrouvent chez un boucher qui les transforme en « petit salé ». Sept ans plus tard, Saint Nicolas les « ressuscite ».
La geste des endormis est une épopée où l’on suit Isan la cadette, Johane le second et Éric l’aîné. Ces trois-là partent jouer dans la campagne, ils s’amusent, jouent à se faire peur, découvrent la forêt sombre et insolite. Ils s’égarent et la nuit vient avec le froid, les rêves et le sommeil sonore de la forêt. Ils aperçoivent une lueur dans la nuit, frappent à la porte d’une maison. C’est celle du boucher…
Un espace : une clairière enneigée incluant les spectateurs, où l’on découvre l’étrange promenade des trois enfants ponctuée par les images oniriques sur l’écran de neige. L’insidieuse musique de la chanson de Saint-Nicolas les poursuit, tantôt tendre telle une comptine, tantôt surprenante lorsqu’elle se joue à la guitare électrique. Les comédiens manipulent les mannequins-poupées de Isan, Johane et Éric et leur font accomplir un cheminement vers la nuit. C’est un songe haletant et doux, cruellement tendre comme un rêve éveillé de l’enfance, un étrange petit miracle dans la neige.

 

 

Désir de gestenote de mise en scène

J’aime la neige.

Mes plus beaux souvenirs sont liés à la neige.

Et d’autres aussi.

Liés à ce moment suspendu, hors de tout, ce moment des possibles.

La neige et le plaisir de se perdre, d’avoir froid, d’être trempé de neige,

de sueur et de jeux jusque tard vers la nuit.

La neige et l’excitation et la peur, peur d’aller loin et désir d’y aller…

« La geste des endormis » me renvoie à cette neige… terriblement !

Il faut s’enfoncer et découvrir au détour de la fable toutes les peurs cachées englouties sous la glace, les infimes douleurs et les lourdes blessures dans le scintillement d’une poudreuse irisée.

Voilà l’invitation : pénétrer ensemble, après s’être chaudement vêtus, dans la forêt.

Acteurs et spectateurs foulent le champ de neige, trouvent une place sous le ciel bas, chargé, et partagent « La geste », sont témoins et acteurs privilégiés des « hauts faits » des enfants égarés.

L’espace est une clairière sous la neige.

Oui, comme une vraie clairière sous la neige.

Un espace circulaire avec ses arbres, son ciel, sa brume et son soleil déclinant.

C’est là que tout a lieu, que l’on joue à se perdre et à se faire peur, que l’on a peur.

Ensemble.

Les trois comédiens ne sont pas les personnages de la fable. Ils sont les passeurs d’une histoire qui aurait pu leur arriver avant, plus tôt, dans une très lointaine jeunesse.

La petite Isan, Johan et Eric sont figurés par des mannequins/poupées de taille réelle. Ils sont dans la clairière bien avant l’arrivée des enfants spectateurs et ils ont la même taille et les mêmes vêtements chauds qu’eux.

Ils sont eux.

Les acteurs sont les « accompagnateurs » qui les racontent.

Ils ne les manipulent pas, ils les invitent à accomplir « La geste », à s’accomplir et par là, à se perdre pour mieux, plus tard, s’en sortir.

Ils sont passeurs du poème et de l’émotion.

C’est doux, très doux, douloureusement doux, car on pressent l’inéluctable. On sait que quelque chose de terrible doit advenir aux poupées. Et lorsque la chose arrive, cela doit être comme un soulagement, une libération, la manifestation d’une cruauté enfouie qu’il faut laisser jaillir pour la cerner, l’apprivoiser et la faire sienne.

Nous jouerons la cruauté pour ne pas être cruel et nous jouerons la peur pour endormir nos peurs. Endormir, car l’ensemble aura bien la teneur des rêves et parfois du cauchemar avec quelques gouttes de sang.

Dans la neige.

Eric Sanjou – mai 2015