« la perle de la canebière » – en savoir +

Résumé

Une matinée, à Paris, chez Monsieur Beautendon, un parfumeur parisien, Antoine, le domestique reçoit ses instructions. Monsieur Beautendon attend de Cambrai, Mme de Sainte Poule et sa fille Blanche, qui doit prochainement épouser son timide fils Godefroid.

Godefroid, a, il y a peu, passé un séjour à Marseille chez une fulminante veuve, Théréson Marcasse. Effarouché par le comportement de la veuve, il avait quitté son logis sans prendre congés. Pour pallier cette inconvenance, son père Monsieur Beautendon avait inventé que Godefroid était en fait amoureux d’elle, et que, c’est pour cette raiso­­n qu’il s’était enfui.

Hélas Beautendon ne pouvait prévoir que la méridionale débarquerait chez lui, semant ainsi la pagaille le jour où Godefroid devait se fiancer.

Allons bon, Labiche !

Et pourquoi non ?

Quelle mouche nous pique de monter un Labiche pas piqué des hannetons ? La mouche du théâtre une fois encore, celle qui fait que tout est à explorer et que l’Arène aime aller partout. Rien n’est indéfrichable, et si les pièces phares de Labiche sont souvent représentées il y a encore quelques “perles” à se mettre sous la dent.

Et c’est bien de dents dont il s’agit, de dents, de bouches et de lèvres. Labiche ça se mord, ça se chante et ça se paloche goulûment pour en extraire le jus, le suc, la quintessence : “L’Art d’être bête avec des couplets ”. Pagnol dirait de La Perle de la Canebière : “Voilà une belle couillonnade”. Mais parfois dans les “couillonnades” nous trouvons matière à creuser quelque peu.

Que se passe-t-il dans cette perle ? Nous sommes dans une société hyper bourgeoise, réactionnaire, complexée dans un monde étriqué, fermé à toute poésie et à toute forme de fantaisie. Et qu’advient-il dans ce monde ?

Théréson Marcasse, la perle extravertie, la marseillaise généreuse, libre et hyper théâtrale. Elle vient porter l’Anarchie, faire éclater ce petit monde mortifère. La perle c’est une bombe de démesure dans un monde de mesure. Beautendon est parfumeur, c’est un méticuleux qui pèse chaque goutte d’essence, on sent le pingre et le frustré ; le fils n’est guère mieux et sa fiancée et sa future belle mère, Sainte Poule, sont de la même fiole.

Théréson Marcasse est dans le savon de Marseille, elle en produit des tonnes, elle ne compte pas, elle fait du savon comme elle embrasse, elle a le savon du cœur, les parisiens coincés en feront les frais ! Elle va les mettre à neuf, les mettre à nu, les forcer à entrer, dans la danse, dans le jeu, à se travestir pour entrer dans sa théâtralité, dans sa folie généreuse.

­Nous allons silhouetter au trait fort, dessiner des personnages avec le tranchant d’un Daumier même si notre univers se rapproche autant des années 50 que du 19ème siècle. Nous allons faire un petit tour dans une France bien guindée entre DS et Paris Match. Nous jouerons dans un espace glacé, l’appartement parisien de Beautendon est à l’image d’un laboratoire de parfumeur… aseptisé et désespérément froid. La perle se chargera bien de tout repeindre.

Nous jouons Labiche mais nous le jouons aujourd’hui et les chansons d’époque se mêleront aux couplets des “Bad Boys de Marseille”, nous danserons le Mia autant que la Polka et l’Aïoli des fiançailles n’ayant pas d’époque, nous le partagerons avec le public pour que chacun ressorte en ayant sur la langue un peu de ce piquant qui nous piqua lorsque nous décidâmes de monter ce Labiche !

Eric Sanjou – avril 2015