« les fiancés de Loches » – en savoir plus

Voilà donc un vaudeville peu connu de Georges Feydeau qui sous son voile comique questionne une fois encore l’identité jusqu’à la folie.
Ici le déplacement dans l’espace de trois habitants de Loches vers Paris ouvre la porte au déplacement des perceptions.
Etrange Etranger ! Les quiproquos ne sont possibles que parce que l’autre, celui qui vient d’ailleurs ou celui qui est ailleurs est forcément différent.
Les personnages de Feydeau ne peuvent jamais se poser. Ils sont nulle part entre deux espaces, entre deux états, en perpétuel transit, déracinés jusque dans leurs consciences.
Si l’autre est différent, n’a pas les mêmes “coutumes”, il faut le ramener à la raison ; tous les moyens thérapeutiques sont donc possibles, la danse, les douches… Bref c’est dans un asile d’aliénés que les personnages reprendront possession d’eux mêmes, et qu’ils pourront se reconstruire en prenant le chemin du retour…
Feydeau plonge ses personnages dans des situations absurdes et cruelles. La mécanique implacable du rire, machine à broyer, révèle finalement les états d’errance de l’homme, leur incapacité à se comprendre, la vanités des uns répondant au cynisme des autres.
Alors, certes nous déclencherons le rire mais comme on déclenche les larmes, ou les cris… Car les êtres de Feydeau, condamnés à n’être rien, rien que leurs pertes éclatantes, leurs soubresauts hystériques dans la mécanique implacable, peuvent aussi nous terrifier.
Allons ! Débarrassons le plateau de tous ses accessoires, meubles et lustres… Vidons l’espace et emplissons le vide. Enfermons entre quatre murs translucides tout le fatras codifié du vaudeville et gardons un plateau nu et une boîte pleine ! Maintenant nous pouvons nous mettre en boîte pour “sortir” et nous libérer pour “entrer”. C’est fait, le comédien est au centre, éjecté, pantin à ressort surgissant de la boîte. Place à la mécanique, à la dynamique et à l’action !

Neuf comédiens, ils sont là, dans le magasin d’accessoires qui renferme toutes les scories d’un “vaudeville d’époque”, en attente de jeu et en attente de costumes, d’identité…
La scène d’ouverture ressemble bien à une audition avec des tentatives de personnages, des tentatives de situations. Elle est menée par Séraphin “ange de la première hiérarchie”, il choisit, distribue, met en place la machine à broyer les fiancés. Le mouvement est lancé, impitoyable pour les acteurs, il est suscité par l’abondance frénétique des péripéties. Les comédiens endossent leurs rôles et doivent passer constamment de la terreur au soulagement et vice versa. “L’Ange Noir” est porteur d’un Fatum comique qui s’acharne sur tous les personnages… implacable ! Impossible de quitter l’engrenage infernal, les personnages se métamorphosent en simples éléments mécaniques, ils sont mus par des ressorts, ébranlés par des chocs qui les projettent selon les lois de la physique, ou tournant comme autour de pivots.Vite, passez les sous la douche pour leur rendre un semblant de tenue…