« les oreilles du loup » – en savoir +

un synopsis…

Je suis immobile et j’attends dans la coulisse avec mon masque de loup. Le masque ne tient pas très bien sur mes cheveux roux. Je vais bientôt entrer en scène devant tous ces adultes parmi lesquels il y a maman et ma sœur. Et là, derrière le rideau, je me souviens : il y a une fête et j’ai trois ans.

Au début, papa quitte la maison pour devenir un fantôme. Il me  laisse avec ma mère et ma petite sœur. J’adore ma petite sœur. Quand papa réapparaît, c’est un fantôme triste et qui pleure souvent. Ensuite c’est un long périple avec maman et ma sœur : une maison avec un grand pré où je peux être tigre, courir sur le vent, collectionner les coléoptères et jouer, une école avec des enfants inconnus avec qui je me bats, l’appartement de grand-mère dans lequel je m’ennuie, et la grande dispute entre maman et grand-mère. Encore un départ. Un long voyage pour une autre maison chez un oncle. Aldana nous accueille. Elle est très belle, gentille et douce. Elle m’emmène dans les montagnes et c’est à nouveau le vent, l’herbe et les rires. Puis un jour arrive l’homme gros avec sa voiture verte. C’est l’ami de maman et avec lui revient la joie. L’homme gros nous aime, plaisante toujours et joue (le fantôme de papa a maintenant disparu). Mais l’homme gros doit repartir dans son pays lointain et la grisaille revient.

J’entre en scène. Le masque, mon masque de loup, tourne et m’aveugle. Je ne peux pas jouer. Alors j’invente la danse, ma danse et ma musique et tous se mettent à rire de plus en plus fort. J’entends les rires de maman et de ma sœur et au milieu des gloussements plus forts. C’est lui, c’est l’homme gros avec son énorme rire qui est revenu et qui rit plus fort que tout le monde.

les oreilles du loup…

Comme dans le roman, nous allons travailler sur l’entrelacement d’images, de sons, de présences changeantes et fantomatiques pour porter la narration à la première personne des bribes de vie de cet enfant roux qui préfère être un tigre. Deux comédiens se partagent le plateau : ils sont deux émanations de l’enfant. Ils portent la narration et prennent en charge la surréalité corporelle de l’enfant.

L’espace est blanc, c’est une page blanche inclinée. Un plateau et un écran permettant d’aspirer les comédiens dans l’image projetée. Les images sont des tableaux, des paysages, des formes, des sensations entrelacés. Au milieu de cette jungle lumineuse les silhouettes des êtres croisés par l’enfant. Tout doit concourir à créer une sorte de « songe » dans un espace/temps instable. Un songe pour laisser pressentir que « la vie, toute la vie, peut être cet enchevêtrement d’éclats de rire, d’herbe et de boue. »

Éric Sanjou