« parade de la lune rouge » – en savoir +

« Puisque vous avez perdu la mémoire, je vous informe que vous avez été transférés en vol d’un avion à un autre et que votre provenance nous est totalement inconnue. Par ailleurs nous sommes au regret de ne pouvoir vous communiquer notre destination, car elle est secrète. Nous voyageons sans boussole, grâce au pilote automatique. Combien de temps durera notre vol ? Quelques heures, quelques semaines, des mois, des années? »

« Parade de la lune rouge » ? Pas tout à fait un cabaret, un tour de chant peut-être, un récital, alors ? Ça y ressemble ! Voilà un objet musical et théâtral non identifié. Sept hommes en rouge, sept voix pour des solos, des chœurs, un orphéon pour dire et chanter les poètes, pour un voyage mystérieux comme une vie, de l’enfance à la mort, des fulgurances des « Poètes de sept ans » aux « Assis » de l’immense Rimbaud.

« Et la mère fermant le livre du devoir,

S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,

Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,

L’âme de son enfant livrée aux répugnances. »

Tous les textes de « Parade » entrent en résonnance et font écho à notre époque. Avec malice, ils se répondent et composent une fresque qui transcende l’humain. Souvent visionnaires, ils parlent de liberté, d’amour, de mort. On croise sur ce chemin des belles utopies, Pasolini, Rutebeuf, Brel, Mouloudji et Gainsbourg pour une « tata teutonne » à décoiffer les aigris… On fait la part belle à Jules Laforgue, à son extrême sensibilité et à sa poésie salutaire.

« Les astres, c’est certain, un jour s’aborderont !

Peut-être alors luira l’aurore universelle

Que nous chantent ces gueux qui vont l’idée au front !

Ce sera contre Dieu la clameur fraternelle ! »

Une « Parade de la lune rouge » pour ne pas désespérer, on y sourit souvent et la tendresse y est permanente. Les délicates mises en musique de Philippe Gelda (piano) et Laurent Salgé (guitares, basse) emportent, distillent des surprises et de brillants éclats. L’émotion mène la danse, ça swingue, valse et tangue. Quand la polka s’en mêle Tristan Corbière suit et l’human beat box de Pol Tronco surgit ouvrant la voix à Rimbaud.

Radicale, sensible, facétieuse, iconoclaste… tout cela à la fois et l’indicible aussi pour être ensemble et partager toujours ce temps humain du sensible et de la beauté retrouvée.

« Et les assis, genoux aux dents, verts pianistes,

Les dix doigts sous leur siege aux rumeurs de tambour,

S’écoutent clapoter des barcarolles tristes,

Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour. »