« music-hall » – en savoir plus

Reprendre la route pour le théâtre de l’inconfort, créer une « pièce pour salles des fêtes », jouer encore ici et là « dans le trou du cul du cul de la fin du monde » dans un « local à majorettes » entre buvette et pissotières. Porter haut l’art, haut dans les lieux de la laideur. Poursuivre notre chemin, tracer notre route: faire notre travail! L’aimer!

« Music-Hall » nous remue. Il y a très longtemps que Music-Hall nous remue, nous qui faisons un artisanat d’art au plus près du public. Nous qui tournons « par les villages » et qui sommes acteurs sur le terrain, artistes laboureurs.

Car il faut avoir roulé sa bosse, pris des coups, déchargé des camions dans le froid, s’être brûlé en été au métal des décors, avoir reçu quelques cailloux jetés par quelques enfants de la campagne, avoir mené vingt cinq ans la troupe, »nous les héros, être épuisés ou juste mélancolique, abandonnés et un peu ivres » pour pouvoir remuer aussi les spectateurs avec ça, ce texte-là. Pour ne pas être à la surface, anecdotique. Pour le monter de l’intérieur.

« Music-Hall » creuse, comme toute l’écriture de Lagarce, creuse pour dire mieux, plus loin, plus vrai. Cherche une vérité jusque dans le mensonge, mensonge de l’acteur et du théâtre qui créent cette réalité plus grande, plus forte et plus puissante. Mensonge plus vrai que vrai, plus réel que toute apparente réalité. Mensonge qui permet la survie.

Le trio de « Music-Hall » se dévoile, vide les tiroirs et montre les fonds de culotte.

Ça fait bien des années qu’ils tournent ensemble, ils en ont vu et ça se voit.

C’est drôle bien sûr: « pas toujours mélancoliques et pas toujours fidèles et purs et pas toujours… », bien sûr que l’on peut en rire, que l’on en rit, tant que c’est encore possible, avant que les larmes gagnent.

Parce que c’est bien cela qui nous importe: l’émotion, l’émotion partagée. C’est ça qui nous mène, nous a menés, nous mènera encore longtemps sur les routes de l’inconfort, le partage intense de l' »Arte povera » pour atteindre simplement, avec les moyens les plus dérisoires, à la beauté et à la pure sensibilité. Atteindre à l’intelligence des enfants, « enfants égarés ou enfants tristes, ne sachant plus à qui se vouer, regrettant qu’on ne se soucie plus de nous, livrés à nous mêmes. »

Eric Sanjou